L’interview de M Borel TAGUIA K. sur INVESTIR AUTREMENT

Il ne se passe plus un jour sans qu’on ne parle d’innovation en Afrique. Le potentiel des jeunes est énorme, il revient aussi à l’Etat et aux investisseurs d’encadrer et de permettre aux jeunes ambitieux de tutoyer les meilleurs. Le drone fait partie des innovations les plus révolutionnaires en ce moment en Afrique, et nos inventeurs ne manquent pas de créativité pour personnaliser leurs recherches. Après Airbus, Boieng, le Singapour, pour ne citer que ceux-ci, Borel Taguia jeune ingénieur camerounais fait les choux gras de la presse locale avec son drone solaire. Il a accepté de nous parler de son projet, son parcours et ses ambitions.

Borel TAGUIA KANA

Qui  est Borel TAGUIA ?

Je m’appelle TAGUIA KANA Borel, j’ai 25 ans, je suis né à Mbouda en 1994. J’y ai fait mes études primaires et secondaires, et j’ai obtenu un baccalauréat C avec mention assez bien au lycée bilingue de Mbouda. Par la suite j’ai été ad- mis à l’Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Maroua (ENSPM). Au bout de cinq années, j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur de conception avec la mention très bien, en sortant major de ma promotion.

Pourquoi le drone et non un autre appareil électronique ? (est-ce une passion ? un rêve, une inspiration, etc)

La filière Energies renouvelables, plus précisément Energie solaire est une passion, mais le projet de drone née d’une envie croissante de trouver des solutions face à la problématique d’ordre sécuritaire à laquelle faisait face l’extrême Nord du Cameroun. Ayant fait mes études supérieures à Maroua situé dans l’Extrême nord du Cameroun, et voyant sans cesse de nombreuses familles obligées de quitter le chez eux pour se déplacer vers d’autres lieux parce que, fuyant la guerre, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. Parce qu’il y’a rien de plus horrible que la guerre, et rien de plus important qu’une vie humaine. C’est donc ainsi que j’ai commencé à travailler sur cet engin miniature qui pourrait voler, prendre des images visualisables en temps réel, permettant ainsi de mieux surveiller les frontières Camerounaises. En d’autres termes, doter le Cameroun d’yeux dans le ciel.  Plus tard je me suis rendu compte qu’il y’avait des problématiques tout aussi importantes que la surveillance, sur tout le continent Africain, et auxquelles les drones seraient une solution. Aujourd’hui, ils sont présent partout : l’Agriculture, la télécommunication, la santé, la cinématographie, le BTP, l’art et la culture, etc…

Avez-vous reçu un encadrement de vos professeurs, votre université, vos camarades dans votre projet ? Comment avez-vous procédé pour mettre en place ce produit ?

Oui beaucoup de mes amis, m’ont aidé tant sur le plan technique que moral. Parce que mener un tel pro- jet jusqu’au bout, croyez- moi, il faut un mental de résistant et être imaginatif. Albert Einstein disait qu’‟avec la logique, on peut aller d’un point A à un point B, mais avec l’imagination on peut aller partout’’, parce que dans ce monde en constante évolution, et changement pour se maintenir ou se forger une place, il faut de l’imagination. J’ai particulièrement reçu l’encadrement du Pr. DJONGYANG NOEL chef de département des Energies Renouvelables de l’Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Maroua, dans le cadre de mes travaux menés sur la conception, le dimensionnement et la réalisation de ce drone solaire.

Qu’est-ce qui fait la particularité de votre drone ?

Les drones civils existant ont un temps de vol très relativement faible, variant généralement entre 30 à 45 min, limitant ainsi leur champ d’application dans bon nombre de domaines. Le modèle conçut va pallier à cet inconvénient, en proposant un drone solaire, qui en cours de vol, recharge ses batteries à partir de l’énergie du soleil, permettant ainsi d’atteindre l’heure en autonomie. Outre le temps d’autonomie, Notre quadricopter a un poids de 500g,   une caméra embarquée de 760 p en HD, une altitude maximale de 150 m, et la portée du signal entre la radiocommande et le drone estimée à 1 km. Nous comptons aller encore plus loin, en développant d’autres modèles de drones dont l’autonomie pourrait aller jusqu’à 6 à 10h de temps de vol : projet TAGUS DRONE.

Ne pensez-vous pas qu’il y’a déjà trop de drones au Cameroun ou en Afrique ?

Justement, il y‘en a pratiquement pas. C’est ça le paradoxe. D’un côté il y’a un réel besoin, et d’un autre coté on ne retrouve pratiquement pas d’entreprise de fabrication de drones sur le continent. Résultat des courses, nous Africains sommes obligés d’importer des autres pays, et  à des coûts bien plus élevés du fait des frais de transport et de douane qui se rajoutent au prix d’achat.Le marché de drone est en pleine expansion. C’est non seulement un potentiel économique énorme, mais aussi une possibilité pour les Etats de sécuriser leurs frontières, d’envoyer des médicaments, vaccin, et autres dans des zones à accessibilité difficile, de faire des prises de vues aériennes dans le domaine de l’audiovisuel, du bâti- ment, de l’agriculture, de la télécommunication, etc… Selon le rapport de la firme américaine Grand View Research Inc, le marché de drone devrait atteindre plus de 84 milliards $US, soit plus de 48768 720 000 000 FCFA d’ici 2025. C’est dire ici que le marché de drone est extrême- ment grand dans un continent en pleine croissance tel que l’Afrique.

Vous parlez de drone made in Cameroon, y’a-t-il des composants de ce drone qui viennent du Cameroun, ou vous parlez de l’expertise camerounaise ?

Pour le prototype fabriqué en 2017, 80% des composants avaient été conçus au Cameroun, car seul la coque avait été imprimée à l’étranger. Maintenant avec le projet TAGUS DRONE, l’idée c’est de mettre tout une chaine de production au Cameroun, où tous les composants y seront fabriqués (coque, circuit électronique de commande, contrôleur de vol, moteur, ESC, etc …) , et ce par des Camerounais.

Quels sont vos objectifs à court, moyen et long terme ?

L’objectif de TAGUS DRONE à court terme, c’est d’implanter l’usine de fabrication de drones solaires au Cameroun et d’envahir le marché Camerounais. A moyen terme, de conquérir le marché Africain, et à long terme faire connaitre au monde les drones solaires de chez TAGUS DRONE.

Des investisseurs potentiels se sont-ils déjà rapprochés de vous ? Sinon comment pensez-vous procéder pour la suite ?

Depuis le 21 Mai 2019, nous avons lancé au travers de la plateforme https://tagusdrone.com un financement participatif où il est possible à tout investisseur de par le monde de pouvoir investir dans l’entreprise, et ce sur une période de 2 ans. Ce crownfounding fonctionne très bien, car ils sont nombreux  les investisseurs qui s’intéressent à ce projet innovateur. En un peu plus d’un mois de lancement, plus précisément le 1er Juillet 2019, nous comptons plus de 1081 potentiels investisseurs reparti sur plus de 26 pays, et qui sont inscrits sur la plateforme de TAGUS DRONE. Il faut rappeler ici, que ce financement participatif vise à lever plus de 500 Millions de francs CFA. Et c’est grâce à ce financement que nous comptons attaquer le marché Africain avec nos modèles que sont : le SR21, Infinity, AKEVAcare, TAGUSsnap.

Avez-vous reçu du soutien de certains organismes gouvernementaux pour améliorer ou produire en masse les drones ?

De l’aide d’un organisme gouvernemental, non je ne dirais pas. Par contre, nous avons reçu de l’aide d’une grande dame, qui nous a pris sous son aile, et qui croit véritablement en la jeunesse, j’ai nommé le Pr ONDOUA VIVIANE BIWOLE, CEO du cabinet Obiv solutions, Enseignant-chercheure à l’université de Yaoundé 2 ; à qui nous rendons un grand hommage.

Vous faites partie des gagnants « graines d’ingénierie » organisé par l’association ingénieurs sans frontières, qu’est- ce que ce prix vous a apporté ?

Lors de la deuxième édition de graine de l’ingénierie, notre projet drone solaire avait été sélectionné parmi les trois meilleurs projets au Cameroun. Cette place occupée à ce concours a donné plus de notoriété au projet, et l’a rendu plus populaire au sein de la communauté Camerounaise et internationale. Aussi, les fonds récoltés grâce à cette troisième place sur le podium du concours, nous ont permis de pouvoir régler un certains nombres de charges liées au projet.

Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ? (d’autres projets en vue, entreprendre ? pour- suivre les études ?)

Tant de choses reste encore à faire en Afrique, voyez-vous, nous avons au fil des années constitué et transmis cette mentalité de consommateurs. Comment voulons-nous nous développer, comment voulons nous régler le problème de chômage, si nous pas- sons le temps à consommer les produits de l’extérieur. Il faudrait que les choses changent, et mon rêve c’est de faire partir des précurseurs de ce changement sur le plan technologique, et d’y laisser une marque. Et plus important, inspirer les nouvelles générations, leur montrer que l’on peut accomplir de grande choses et se hisser au sommet par la force du nombre, afin que eux aussi reprennent le flambeau le moment venu. Je ne compte pas m’arrêter à ce projet de TAGUS DRONE. D’autres projets aussi ambitieux planent dans ma tête. Quant à mes études, je les poursuis actuellement en recherche à la filière Génie électrique de l’unité de recherche et de formation doctorale en science de l’ingénieur et applications à l’Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé (ENSP).

Un mot de fin ?

Les géants ne sont grands que parce que nous restons à genoux. Il est temps que l’Afrique prenne son destin en main pour que tous en- sembles puissions réaliser le rêve Africain. Et ceci ne pas- sera que par une chose, Travailler et penser grand pour notre Continent, tellement grand que même le monde ne soit qu’une infime entité comparée à la grandeur de nos rêves pour l’Afrique.

Merci d’avoir accepté de répondre aux questions d’ATIS magazine !

C’est moi qui vous remercie!

Retrouvez ici le document contenant l’interview riche en informations très utile.

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